Marseille et le poisson, c'est une histoire vieille comme la ville elle-même. Chaque matin (sauf les 25 décembre et 1er janvier), une dizaine de pêcheurs s'installent au marché du Vieux-Port pour présenter rascasses, rougets, daurades, turbots, maquereaux et sardines fraîchement remontés. C'est là que tout commence. Mais entre ce marché vivant et les tables qui font honneur aux produits de la mer, Marseille offre un éventail de restaurants poissonniers que peu de villes méditerranéennes peuvent égaler.
Des adresses iodées pour tous les budgets, de la Corniche au Vieux-Port
Côté gastronomie, deux noms s'imposent sans discussion. Le Petit Nice Passedat, 3 étoiles Michelin à l'Anse de Maldormé sur la Corniche J.F. Kennedy, pousse la cuisine de poissons vers une créativité rare avec notamment sa bouillabaisse de homard. Réservation indispensable, plusieurs semaines à l'avance. L'Épuisette, étoilé Michelin au Vallon des Auffes (158, vallon des Auffes), mise sur les poissons de roche avec une vue imprenable. Ces deux adresses ne sont pas interchangeables : l'une innove, l'autre ancre ses assiettes dans la tradition.
Pour un registre plus accessible mais toujours exigeant, voici quelques tables qui méritent franchement le détour :
- La Marine des Goudes (chefs Paul Langlère et Thibault Hillmeyer) : loup entier du Frioul à la braise, récupéré directement au port du village
- Tuba (chef Sylvain Roucayrol) : poisson du jour grillé, loup ou dorade selon les arrivages, accompagné de pesto d'herbes fraîches ou sauce chimichurri
- Chez Fonfon (140, vallon des Auffes) : sole, pageot, sar ou rouget grillé selon les disponibilités, avec vue sur le vallon
- Poissonnerie Kennedy (Corniche) : poisson grillé à 18 euros, rapport qualité-prix difficile à battre dans ce quartier
- Limmat (rue Estelle, 6ème) : carte changeant quotidiennement selon les arrivages, composée par Lili Gadola avec systématiquement au moins un plat de poisson
Coquille (8, rue Euthymènes, 1er) propose pour sa part plateaux de fruits de mer, Saint-Jacques snackées et poissons grillés avec des vins blancs de Porquerolles. Une petite adresse très sûre. Peron (56, Corniche J.F. Kennedy) sort du lot avec son espadon de ligne cuit sur la braise : une cuisson précise et un produit de qualité.
Bouillabaisse et poisson frais : les incontournables marseillais
La bouillabaisse mérite qu'on s'y attarde. En 1980, 17 établissements ont signé une charte exigeante : service en deux temps, découpe du poisson devant les convives, minimum quatre espèces de poissons, rouille, aïoli et croûtons frottés à l'ail. Ce cadre existe encore aujourd'hui. Le Miramar (12, quai du Port) reste une institution à ce titre, tout comme Le Rhul (269, Corniche J.F. Kennedy) avec sa vue directe sur la mer.
Mention spéciale pour Bouillabaisse Turfu du chef Christian Qi (rue Pythéas, 1er) : une bouillabaisse à emporter, déclinée en sandwich bánh mì ou sashimi, valorisant la pêche artisanale locale. C'est inattendu, c'est bon, et ça casse les codes sans trahir le produit. Le Grand bar des Goudes (chefs Benjamin Mathieu et Johann Lupo) propose lui une bourride des Goudes, dérivée entre bouillabaisse et bourride provençale, avec une mise en scène autour de la découpe du poisson.
Pensez aussi à La Boîte à Sardines (2, boulevard de la Libération, 1er), dont les plus de 400 boîtes de sardines tapissant les murs ne sont pas qu'une curiosité décorative : la maison travaille exclusivement la pêche du jour, avec sardines farcies et certaines boissons originales méritent leur propre exploration, panisses et fish & chips. Une adresse attachante et cohérente de bout en bout.