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Prohibition cocktail : recettes et histoire de l'époque

Claire 28 juin 2026 3 min de lecture
Prohibition cocktail : recettes et histoire de l'époque

Le 16 janvier 1920, le Volstead Act entrait en vigueur et transformait les États-Unis en un immense laboratoire clandestin. C'est précisément dans ce chaos réglementaire que le prohibition cocktail est né, consigné dès 1930 dans le Savoy Cocktail Book, référence absolue de la mixologie classique.

La recette authentique du prohibition cocktail

Le prohibition cocktail est une variante directe du Dry Martini. La recette originale tient en quatre ingrédients : 3 cl de Plymouth gin, 3 cl de Lillet Blanc (à l'époque appelé Kina Lilet, plus riche en quinine), 1 cuillère de barman de liqueur d'abricot et 1 cuillère de barman de jus d'orange. Tout se passe au shaker, glaçons inclus, pendant 7 à 10 secondes, puis la préparation est versée dans un verre à martini préalablement refroidi.

Attention au choix du vermouth : le Lillet Blanc actuel n'a plus la même formule qu'en 1930. Pour se rapprocher du goût d'origine, deux possibilités existent :

  • Remplacer le Lillet Blanc par du Cocchi Americano
  • Ajouter un dash d'Angostura dans du Lillet Blanc moderne

Pour ceux qui ne consomment pas d'alcool, une version a été développée par des apprenants de Villepinte et sélectionnée en 2020 dans le Carnet des Cocktails Classiques. Ce long drink de 14 cl associe 2 cl de sirop de framboise, 2 cl de jus de citron, 5 cl de jus d'orange et 5 cl de jus d'ananas. La préparation se fait au shaker, secouée énergiquement pendant 15 à 20 secondes, servie dans un verre Tumbler rempli de glace pilée, garnie d'une demi-tranche d'orange et d'une framboise.

IngrédientVersion alcooliséeVersion sans alcool
BasePlymouth gin (3 cl)Jus d'ananas (5 cl)
ModulateurLillet Blanc (3 cl)Jus d'orange (5 cl)
Accent sucréLiqueur d'abricot (1 cs)Sirop de framboise (2 cl)
Accent acideJus d'orange (1 cs)Jus de citron (2 cl)
VerreMartini refroidiTumbler + glace pilée

Pourquoi les cocktails ont prospéré sous la Prohibition

Le XVIIIe amendement, voté en 1919 sous la pression de la Ligue Anti-Saloon, interdisait la production et la vente d'alcool. Résultat : les distilleries clandestines ont fleuri partout. Le Bureau de la Prohibition a saisi 95 933 alambics en 1921 seulement, et ce chiffre a été multiplié par trois d'ici 1930. En 1925, près d'un tiers des 150 millions de gallons d'alcool industriel produit était détourné pour approvisionner les speakeasies, ces bars clandestins que Al Capone contrôlait depuis Chicago jusqu'au Canada.

Le problème concret : ces alcools de contrebande, dont le célèbre bathtub gin, avaient un goût exécrable. Pire, environ 10 000 Américains sont morts entre 1920 et 1933 à cause d'alcools frelatés au méthanol. Le cocktail est devenu la solution évidente pour masquer ces saveurs désastreuses. Le Bee's Knees, le Last Word ou encore le Mary Pickford sont nés de cette nécessité. Même le Bloody Mary remonterait à cette période, inventé au Harry's Bar du IIe arrondissement de Paris, possiblement pour Ernest Hemingway.

La Prohibition a pris fin en 1933 avec le XXIe amendement, unique cas d'abrogation complète dans l'histoire constitutionnelle américaine. Frankement, cette période sombre a paradoxalement enrichi la culture du cocktail de manière durable.

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